Aménager temporairement un espace public

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Aménager temporairement un espace public
LE CONTEXTE

Dans le cadre du Festival Lyon City Demain, nous avons été retenus pour proposer une solution de design urbain : l’îlot des Rêveurs. Nous avons choisis de travailler sur La place des Docteurs Mérieux après un temps de déambulation sur le territoire concerné par l’événement.

La place des docteurs Mérieux est située au carrefour de l’avenue Tony Garnier et de l’avenue Debourg. Place de 3 607 m² qui fait face à la Halle Tony Garnier. Un des atouts majeurs de cette place est d’offrir un très beau point de vue sur la Halle Tony Garnier. Malgré cela, la place est très peu investie pas les habitants car très minérale, vide et très chaude en été avec peu d’ombre apporter au centre.

halle

LE PROJET

Le collectif souhaitait créer une « aire de repos » qui invite à ralentir, à prendre le temps de s’installer confortablement et de savourer l’instant. Ils ont proposé aux habitants et aux passants de s’ancrer autrement dans la ville. Une alternance d’assises et de jardins ont disposés afin de susciter l’envie de faire une pause. La Formidable Armada souhaitait offrir la possibilité de s’allonger sur “des îlots de détente” afin de pouvoir lever les yeux au ciel dans un endroit “déconnecté” propice à la rencontre et au repos.

LES OBJECTIFS

  • Permettre aux habitants et usagers de redécouvrir la place d’un nouvel oeil, de l’utiliser d’une manière inédite et d’en prendre possession grace à quelques éléments symboliques et fonctionnels déclenchant une appropriation nouvelle.
  • Redonner un espace convivial et de repos dans une zone de traversée qui répondrait aux besoins formulés par les habitants du quartier.
  • Valoriser le patrimoine du biodistrict (Halle Tony Garnier)
  • Offrir un relais signalétique à la manifestation dans un lieu proche de toutes les commodités de transports.
FABRICATION

Grâce à nos partenaires Leroy Merlin, les entreprises Serge Ferrari et Jacquard Espaces Verts ainsi que les Compagnons du Devoir, nous avons pu fabriquer l’ensemble de notre mobilier sur mesure pendant un an. Un vrai travail de co-conception pour mettre en place un système mobile de mobilier éphémère le temps de l’événement.

NOTRE TÉMOIGNAGE RÉSUMANT L’EXPÉRIENCE DE CES 4 JOURS :
4 jours d’immersion avec les habitants

Ces 4 jours furent difficiles car il faisait très chaud. 35° sur une place minérale en plein soleil avec peu d’ombrage naturel ne nous a pas aidé à attirer foule à 15h de l’après-midi. Même nos voiles d’ombrage n’ont pas suffi, dépassé un certain stade de canicule. Cependant, la fin de journée approchant, une tribu d’enfants se sont petit à petit familiarisés avec nos installation. Nous avions installé une buvette qui distribuait… de l’eau et de la grenadine (notre thé à la menthe a dû être abandonné pour de l’eau fraîche de la fontaine du jardin d’enfant). Deux enfant, Feyriel et Adem se sont dès le premier jour portés volontaires pour nous aider : tenir la buvette, ranger, arroser les plants de menthe et de jasmin, renseigner les passants. Cela a je pense grandement aidé à ce que les autres enfants du quartier viennent profiter de notre installation en inventant de nouveau jeux : slalom avec les trottinettes, sauter d’une assise à l’autre, s’assoir en groupe en cercle.

Certains nous ont dit « vous nous avez volé notre terrain de foot ! » Effectivement, nous nous sommes rendu.e.s compte que nous avions pris place sur un de leur terrain de jeu mais finalement le jour suivant ils avaient réinventé leur terrain en se servant des mâts d’accrochage comme cage de foot. Nous avons dû avoir jusqu’à 20 enfants en même temps autour de nous…

De nombreuses discussions avec Feyriel et Adem ont parsemé notre « séjour » chez eux. «C’est trop bien la buvette…Moi j’adore la buvette je voudrai toujours qu’elle soit là pour m’en occuper». Du haut de ses 11 ans, Adem est un garçon timide mais fier qu’on lui confie des responsabilités. Il a pu attendre plus d’une heure, assis dans la buvette, à ne rien faire pour être le premier à servir un verre d’eau. C’est sa buvette et personne ne vient mettre le bazar. Feyriel, 13 ou 14 ans, a de la suite dans les idées. Dès qu’elle peut s’investir dans des assos de quartier elle est partante. « Moi avant j’étais à Bouge ton quartier, je peux être bénévole pour vous ? » nous a-t-elle dit le premier jour en nous tendant la main pour nous saluer.

Ces deux enfants ont été les premiers vecteurs d’information vers les habitants des immeubles alentours car plusieurs personnes sont venues nous voir car ils avaient eu les flyers. «On peut garder des flyers ? Comme ça même quand vous ne serez pas là, on continuera à parler de l’Îlot des Rêveurs…»

Puis ce sont les adultes qui petit à petit nous ont approchés. Ils nous voyaient nous démener pour installer, désinstaller, aller chercher de menus services à la boulangerie du coin… Un jour un homme nous propose son aide pour accrocher des voiles, nous voyant en difficulté, puis un autre, puis les enfants portent les voiles pour les ranger le soir venu. Un jour, une habitante nous dit «mais pourquoi vous faites ça pour nous ? Vous savez, on n’a pas l’habitude qu’on s’intéresse à nous…» « Ici il n’y a même plus de marché alors plus rien ne se passe.»

Dans les rencontres qui nous marqueront, il y a eu cet ancien légionnaire, assez âgé qui nous raconte ses anecdotes du quartier. Mais nous avons aussi une habitante qui nous a invitée à aller voir les sœurs du couvent et nous avons rencontré une sœur incroyable qui nous dit avoir travaillé dans les prisons au Danemark… alors, les jeunes du quartier, ils ne lui font pas peur ! Et elle nous prend quasiment par le bras pour nous amener rencontrer le groupe de jeunes d’à côté qui passe ses après-midi là. Elle nous apprend qu’ils travaillent, mais très tôt, et qu’à 13h ils n’ont plus rien à faire et s’ennuient. Alors ils sont là et attendent que ça se passe. Une rencontre insolite se fait alors avec ces jeunes qui nous disent «mais ce que vous faites, c’est bien pour les petits frères ! Mais nous, personne s’intéresse à nous…».

Enfin, le dernier jour, nous avions décidé de faire don de nos plants de menthe et de jasmin aux habitants du quartier. Alors le dimanche en début d’après-midi nous confions à quelques habitantes et enfants l’information et partons sur le reste de l’événement situé place des Berges. Quelle fût la surprise à notre retour de voir une vingtaine d’habitant.e.s venus chercher leurs plants !

La désinstallation.

Puis nous avons dû tout replier. Beaucoup sont passés en nous disant « c’est déjà fini ? » « Vous revenez quand ? » « Nous sommes contents qu’il se soit passé quelque chose ici » Adem et Feyriel sont venus jusqu’au dernier moment, avec Souleymane le dernier à avoir été accepté pour s’occuper de la buvette. D’autres se sont joints à la petite équipe pour nous aider à vider les 6 jardinières de terre et la mettre dans des sacs pour les donner à une association de jardin partagé. Nous les avons vu jouer, prendre plaisir à aider et mettre les mains dans la terre.

Ilot des rêveurs - 2017
CONCLUSION

Si l’on doit retenir une chose, c’est que 4 jours, ce n’est que le début d’une histoire. En 4 jours nous avons vraiment commencé à « rentrer dans le quartier » et connaître les habitant.e.s mais il est évident que plus ce type d’installation peu durer plus les habitants oseront s’en emparer. Un aménagement temporaire, c’est un formidable prétexte à la rencontre. Avec une permanence sur place, cela permet à la fois d’animer, créer du lien mais également rencontrer les habitants « là où ils sont ». Nous pensons avoir pu rencontrer un mélange assez représentatif, malgré le peu de jours sur place, des habitants du quartier. L’espace public est un moyen extraordinaire pour rencontrer cette diversité et pouvoir les rencontrer vraiment.

Pour La Formidable Armada, c’est une belle expérience de groupe autour d’un projet au long court, de la réflexion à l’installation. Ont participé de près ou de loin à ce projet : Sarah Tayebi, Agnès Jolivet-Chauveau, Benjamin Pradel, Julie Teulé, Maud Riemann, Elisabeth Rull, Giovanni Mendini, Claudine Faure, Thomas Poisson, Patrice Coriolles mais aussi les étudiants de l’association Urbacultures de l’Institut d’Urbanisme de Lyon pour leurs balades urbaines.

©photos : Elisabth_Rull